Jean RICHEPIN, ce poète qui décida,

un jour,

 

d'être né à OHIS.

jean Richepin

On a souvent dit ou écrit que Jean RICHEPIN, dont une rue d’Ohis porte le nom, était né en Thiérache. Il semble cependant, comme en témoigne cet extrait du discours de réception de l’écrivain à l’Académie Française, prononcé le 18 février 1909 par le Directeur d’alors : Maurice BARRES, que ce fut lui même qui voulut être né en Thiérache, même s'il se donnait de lointaines origines touraniennes...

 

Il est cependant vrai que les premiers RICHEPIN connus à ce jour en Thiérache, sont deux frères, qui en 1550 prennent des terres par bail au duc de Guise.

 

Quelle était leur origine ?

«...A vous en croire, vous descendriez d’un couple de Touraniens qui s’arrêtèrent, il y a deux siècles, en Thiérache, et quand vous voyez une caravane de têtes bistrées et crépues qui mènent un ours à la foire, vous baissez le front avec la mélancolie d’un noble déchu. Quel crédit les historiens doivent-ils accorder à votre touranisme ? Il nous rend compte de votre nature. Il exprime d’une façon saisissante un côté lumineux, bariolé et sonore votre génie, mais a-t-il une vérité objective ?Vous ne seriez pas le premier a avoir senti le besoin d’une biographie imaginaire...»
En réalité, Jean RICHEPIN est né le 4 Février 1849 à Médéa (Algérie). Et Maurice BARRES ajoute plus loin dans son discours, ces commentaires :
«Vous êtes le fils d’un officier. C’est au hasard de la vie de garnison que vous avez dû de naître en Algérie. Toute votre parenté paternelle et maternelle vivait sur la terre de Thiérache. Un de vos oncles ensemençait ses champs lui-même, disant que lui seul savait ce que chaque sillon pouvait rendre. Un autre, fermier des terres de l’abbaye de Reims, comptait dans ses étables deux cents boeufs et six cents moutons. Vous êtes bien un homme du terroir français. Quand vous disiez descendre des Romanichels établis en Thiérache, vous présentiez à votre manière ce que la critique s’accorde à reconnaître, qu’il y a du bohémien dans votre coeur.»
La jeunesse de Jean RICHEPIN est en effet une vie de bohème. Tout d’abord, il part de chez ses parents, alors fixés à Nancy, vers l’Italie. Il rencontre en Bourgogne une caravane de bohémiens avec qui il fera route vers l’Italie. C’est un marchand de Nancy qui le retrouve à Florence et qui le ramènera à Nancy. Il abandonne peu après la vie de bohème pour se fixer dans une maison :
«C’est ici que je bâtirai ma maison, que j’accrocherai à des murs solides les tapis d’Orient, les brillantes pacotilles, le butin de ma vie errante. C’est ici que je mettrai fin à l’éternelle banalité de cette tente roulée et déroulée chaque jour. C’est ici que je trouverai de la pierre.»
RICHEPIN adopte alors comme domicile à la fois sa Thiérache «natale» et les rivages de la Bretagne.
Portrait.
"Tel littéraire est un orfèvre, tel autre un peintre, tel autre un musicien, tel autre un ébéniste ou un parfumeur. Il y a des écrivains qui sont des prêtres ; il y en a qui sont des filles. J'en sais qui sont des princes, et j'en sais beaucoup plus qui sont des épiciers. M. Jean Richepin est un écuyer du cirque, ou plutôt un beau saltimbanque - non pas un de ces pauvres merlifiches, hâves, décharnés, lamentables sous leurs paillons dédorés, les épaules étroites, les omoplates perçant sous le maillot de coton rosâtre étoilé de reprises, - mais un vrai roi de Bohême, le torse large, les lèvres rouges, la peau ambrée, les yeux de vieil or, les lourds cheveux noirs cerclés d'or, costumé d'or et de velours, fier, cambré, les biceps roulants, jonglant d'un air inspiré avec des poignards et des boules de métal ; poignards en fer blanc et boules creuses, mais qui luisent et qui sonnent." Jules LEMAITRE (de l'Académie Française), dans : Les contemporains, tome 3, Boivin et Cie, éditeurs

Mais quelle fut la personnalité de ce poète?

En 1909, lorsqu’il est reçu à l’Académie Française, il a soixante ans.
«Tout n’est pas chanson, Monsieur, dans ce royaume de bohème, où vous plantiez votre étendard. Il y a toujours eu une extrême difficulté, pour les adolescents enivrés de pensée pure, à s’adapter aux conditions régulières d’une existence qui, fatalement, déçoit leurs premiers rêves. Depuis la Rue de Fouarre, où Dante venait s’asseoir sur les bottes de paille, jusqu’à ce quartier de la Glacière où campent aujourd’hui de jeunes slaves ivres d’intellectualisme, elle est éternelle l’histoire des jeunes clercs malheureux pour avoir rejeté le prosaïque de la vie. Voici la potence où VILLON faillit être pendu, la lanterne où s’accrocha Gérard de NERVAL, une nuit d’abominable détresse ; le marchand de vin où VERLAINE se détruisait, et voici, pour tout dire, les préaux du Luxembourg où, dans la semaine de Mai 1871, les réfractaires de VALLES attendaient leur destin. C’est à vous, Monsieur, qu’est échu, dans votre génération, le redoutable honneur de donner une voix à ces malchanceux.» Maurice BARRES, discours de réception de l’écrivain à l’Académie Française.

Plus loin, dans le même discours, on trouve : «VALLES, MURGER, BAUDELAIRE, Pétrus BOREL et les romantiques de l’impasse du Doyenné, voilà les éléments de cette bohème composite où vous avez régné.»
A l’époque de sa réception sous la coupole, il apparaît bien qu’il soit rentré dans la ligne bourgeoise derigueur à l’Académie :
«Vous avez débuté dans la littérature par une brochure sur Vallès, où vous rejetiez sa conception du réfractaire, parce qu’elle enveloppe une idée de destruction. C’était en 1872, et la commune avait plutôt diminué la valeur de ces lettrés en révolte. Ses premières ruines épouvantaient tout le monde, et il y eut alors dans ce qu’on pourrait appeler l’évolution de la bohème une régression. Les jeunes hommes de lettres reculèrent sur leurs aînés immédiats ; ils se détachèrent de la politique et même de l’utopie sociale. Votre oeuvre l’atteste. Vous n’avez jamais allumé d’incendie que dans votre imagination, et vous ne souhaitez rien de plus que les feux de l’aurore et les embrasements d’un beau coucher de soleil.»

La Chanson des gueux.
Doit-on considérer ce recueil de poèmes comme son oeuvre majeure ? Sur le plan de la littérature, je ne suis certainement pas apte à porter un jugement. Ce recueil permet cependant de situer Jean Richepin dans le contexte de la société de cette fin du XIXème siècle. C'est par cette phrase qu'un critique, resté anonyme, accueille l'ouvrage, dans la revue "Le charivari" : "Ce livre est non seulement un mauvais livre, mais encore une mauvaise action". A la suite de cet article, Jean Richepin sera condamné à un mois de prison ferme, qu'il fera, à cinq cents francs d'amende, de l'époque, qu'il payera, ainsi qu'à la déchéance de ses droits civiques ! L'ouvrage, lui, sera détruit. La chanson des gueux, qui avait été publiée en 1876 par la Librairie Illustrée, sera à nouveau publiée en 1881, par Maurice DREYFOUS, et on trouvera, sous la même reliure, "les pièces supprimées", éditées chez Henry KISTEMAECKERS (Editeur à Bruxelles). Dans un "ante-scriptum", (rédigé après la préface...) ! Jean Richepin déclare :
" ... j'ai le regret d'annoncer aux amateurs de choses prohibées qu'ils n'y trouveront point les pièces supprimées par la justice. A l'impossible nul n'est tenu, et je ne puis pas faire que la condamnation n'existe pas. An vain ai-je fouillé en tous sens ma fertile imaginative, et je n'ai su inventer aucun biais pour tourner l'impossibilité susdite".

Et, plus loin :

"Non ; il n'y avait pas à dire, il fallait courber la tête, s'avouer vaincu, et boire le calice jusqu'à la lie. Les pièces supprimées sont bien et dûment supprimées. A moins que la librairie belge ne s'en mêle, on en doit faire son deuil. Très petit deuil, d'ailleurs, qu'on ne l'ignore pas. En somme, la main pudique de la justice n'a, dans le bouquet de la "Chanson des gueux", arraché que deux fleurs entières, tout à fait vénéneuses, celles-là, paraît-il : la "ballade de joyeuse vie" et le "Fils de fille". Pour le reste, elle s'est contentée de retrancher par ci par là quelques pétales comme dans "Idylle de pauvres" et "Frère, il faut vivre" ou de couper une queue comme dans "Voyou". A part ces cinq mutilations, le livre est donc ici comme il était la première fois. Tel ? Non pas absolument. Je l'ai, en effet, quelque peu remis sur l'établi, et retravaillé en plus d'un endroit. Mais ce ne fut point avec des idées moralisatrices et castratoires, sarpejeu ! Ce fut uniquement comme un bon et consciencieux ouvrier qui, ayant trouvé des fautes, les corrige, et ayant aperçu des trous, les bouche." Et le libraire Belge s'en mêla ! "Eh bien ! L'on n'en fera pas son deuil, car la librairie belge s'en est mêlée.Ces pièces, que la main pudibonde et cruelle de la justice avait mutilées ou arrachées du volume, ces galeuses, ces pelées, ces proscrites, on est venu me demander de les recueillir, de recoudre leurs plaies, et de les emmailloter en une plaquette comme des enfants perdus qu'on ramasse et réchauffe en un bout de lange. J'ai accepté sans le moindre scrupule et avec joie. D'abord, parce que ces pièces, je ne les ai moi, jamais condamnées, ayant, au contraire, protesté de toutes mes forces contre l'arrêt qui les déclare coupables. Ensuite, fussent-elles coupables, je ne me croirais pas en droit de les renier. J'estime qu'il faut reconnaître tous les enfants qu'on fait. Et voilà pourquoi, au risque d'encourir encore les reproches de quelque Tartufes de moeurs, je signe l'acte de naissance de ces poèmes, et me proclame leur père, crânement et le front haut."

Paris, le 7 juin 1881.

Jean Richepin
          "Je suis le fils d'une gueuse
Qui, dans ses désirs fougueuse,
Comptait ses maris par cents ;
Si bien que les médisants
M'appellent noeud de vipères,
Enfant de trente six pères
Sans compter tous les passants.
Je n'ai pas connu la garce
Qui m'a joué cette farce
De me cacher mon papa.
Lorsque la mort l'attrapa,
Elle ferma sa paupière
En dansant de la croupière
Sans dire meâ culpâ..."

Jean Richepin, extrait de "FILS DE FILLE"

En fait, la valeur que respecte Jean Richepin, c'est la liberté... Et c'est là un point commun avec une autre grande figure de la Thiérache, Camille Desmoulins... Est-ce un trait de caractère du Thiérachien ? Est-ce à cause de cette sacro sainte Liberté que le Thiérachien qui la pratique dans un environnement difficile et souvent ingrat lui résiste et jalouse sa rudesse ? Est-il bâti à l'image du sanglier solitaire qui peuplait jadis avec sa harde la contrée arrachée à la forêt ardennaise ?

Maurice BARRES disait donc à Jean RICHEPIN

"Vous êtes bien un homme du terroir français ! " . Il aurait dû ajouter quelque part le mot libre, ou inclure à son discours la notion de liberté. Même lorsque l'on croit que Jean Richepin se complet à la description d'une situation banale, d'une cour de ferme et de sa volaille, ce n'est que pour mieux conclure que les seules vraies valeurs sont celles de la LIBERTE. Mais d'aucuns qualifient alors ces gens d'anarchistes et agitent à tous vents les épouvantails qui leur tombent sous la main ! Ont-ils peur qu'ils échappent à leur autorité, à leur pouvoir ? Ne savent-ils pas qu'eux aussi ne sont que de passage ?

Bien sûr, il y aura après d'autres romans, des pièces de théâtre, et les accents de la chanson des gueux seront quelque peu atténués par le temps, mais jamais oubliés. Jean Richepin restera le poète des gueux.

Comment l'élection à l'Académie Française avait-elle été obtenue ?

Le scrutin a eu lieu le 5 mars 1908.
Les candidats au deuxième fauteuil, celui de M. André Theuriet, étaient:
MM. Edmond Haraucourt, Jean Labor (docteur Cazalis), Henri de Régnier et Jean Richepin. Coïncidence ? Alors que Jean Richepin avait "adopté" la Thiérache" comme terre natale, un autre candidat à l'élection était né de parents originaires de Vigneux ! C'était Henri de Régnier ! Les tours de scrutin se sont succédés : Monsieur Richepin a été déclaré élu.

Et pourtant, avant d'en arriver à ce fauteuil... Jean Richepin fit tout d'abord ses études à Douai, puis à Paris. Il devient élève de l'école normale supérieure. Il appartient à la promotion de 1868, avec Victor Brochard, Maxime Collignon, Gustave Bloch... Et apprend le latin et le grec... Bien avant l'argot qu'il utilisera dans la chanson des gueux.. Il s'engagea, pour faire la guerre de 1870, et fit le coup de feu dans un bataillon de francs-tireurs de Bourbaki. En 1871, il vit la commune de Paris:

"Les balles sifflaient à travers Paris, des quartiers entiers brûlaient et des hommes, aujourd'hui au sommet de leurs ambitions, vivaient alors péniblement et fort obscurément"

Jean Richepin était du nombre ; il venait de quitter l'Ecole normale et habitait une mansarde, au dernier étage, il n'est pas besoin de le dire, d'un immeuble de la rive gauche. Quelques amis l'y rejoignaient pour parler, assis sur le lit, de poésie, d'avenir, et, évidemment aussi, des temps et de la misère présente. La clé était chez la concierge ; parfois les amis arrivaient avant le locataire de ce logis rudimentaire.

Un jour, Richepin, qui portait une cape d'hidalgo, revient un peu essoufflé, ce n'est pas tellement parce qu'il a monté l'escalier en courant, mais aussi parce qu'on se bat dans les environs ; il ouvre son manteau, on entend quelques balles rouler sur le carrelage...

"Oui, je crois qu'on a tiré sur moi," dit-il négligemment. Et l'ancien camarade de Jean Richepin ajoute qu'un quart d'heure après, ayant passé sur le toit par la tabatière, et installés sur un matelas, les jeunes hommes présents regardaient brûler Paris, tandis que l'auteur du Chemineau, drapé dans sa cape espagnole, leur déclamait, avec de grands gestes, l'incendie de Rome, de Victor Hugo, et, d'une voix profonde, exhalait devant le décor réel et embrasé, la joie de Néron." Licencié ès lettres, il vécut à sa guise, tour à tour professeur libre et matelot, mais cependant rédacteur de la "Vérité" et du "Corsaire". C'est en ces temps là qu'il écrivit les "Etapes d'un réfractaire". En 1883, il joue lui-même son oeuvre en portant à la scène "Nana-Sahib", et donne la réplique à Sarah Bernhardt.

Dans la presse, l'accueil de l'élection de Richepin.

"... l'élection de jeudi à l'Académie Française, a répandu une joie immense dans la famille des lettres françaises, - la joie de voir, parmi tant d'étoiles, la véritable étoile programmée. Au dernier scrutin, il n'y a pas eu d'ambages, ni de réserves, ni de doute. Chacun s'est dit "Voici le Maître". Et on l'a accueilli avec transport ! Et, pour que cette manifestation fut plus éclatante,, on a vu François Coppée, le poète délicat entre tous, admirable de foi et de courage, quitter son lit de souffrance et faire ce geste sublime, héroïque, de venir voter pour Jean Richepin." "Le siècle" du 19 février 1909. Voici le premier Algérien qui entre à l'Académie Française, car Richepin est un naturel de Médéa, ville charmante d'Algérie célèbre par le bon vin de ses coteaux. Richepin, l'artiste des truands, le Villon de la troisième République, ne pouvait naître que dans un pays où les roses éclatent sous les tonnelles, où des Silènes joyeux s'ébattent parmi les pampres. Mais né à Médéa, il est aussi un indigène du quartier latin. Il y fut des années le héros et le dieu. Il y fut l'incarnation du lyrisme et de la liberté de vivre. Il est très cher aux hommes de sa génération et de la nôtre pour avoir été un libre esprit..."

Le Monde Artiste, du 8 mars 1908.

Le cercle de ses amis.

Le dicton dit "Dis moi qui tu aimes, et je te dirai qui tu es..." Découvrir le cercle des amis de Richepin permettra certainement de mieux cerner sa personnalité. Il faudrait ici vous relater les relations privilégiées qu'il eut avec Maurice Bouchor, Raoul Ponchon... et d'autres encore...

Charles Cros.
Cet homme de science travaille tout d'abord à la conception d'un télégraphe automatique, qu'il présente à l'exposition universelle de 1867, et envoie une note à l'Académie des sciences sur un projet de "reproduction des couleurs, des formes et des mouvements". Il apparaît dans tous les groupes de bohème littéraire plus ou moins marginaux : dans le salon de Nina de Villard... ... chez les zutistes, chez les "phalanstériens de Montmartre", au Chat-noir, chez les "vilains bonshommes", au café artistique de la nouvelle Athènes et dans d'autres cercles aussi pittoresques qu'éphémères. Ses amis s'appellent Verlaine, Coppée, Villiers de l'Isle-Adam, Richepin, Germain Nouveau et Rimbaud ...

Erté.
Engagé dans l'équipe de Poiret, il réunit l'initiale de son prénom et de son nom pour en faire sa signature (R-T) et contribue activement, avec un autre assistant, José de Zamora, aux créations de la maison Poiret. Au printemps 1913, Poiret crée un modèle composé d'une jupe fourreau surmontée d'une légère tunique en forme d'abat-jour. Ce type de robe est lancé dans la pièce de Richepin "Le Minaret", pour laquelle Erté a été chargé d'habiller l'une des actrices, Mata-Hari...

Yvette Guilbert.
En réalité, Yvette Guilbert fut l'une des rares interprètes, avec Aristide Bruant, capables de faire passer le répertoire des chansonniers montmartrois dans le grand public. Interrompue par une longue maladie, sa carrière prend en 1913 un tour nouveau, lorsqu'elle décide de consacrer son tour de chant aux poètes (Verlaine, Richepin, Laforgue...) Et surtout aux vieilles chansons françaises qu'elle avait exhumées des archives...

Raymond Roussel

Ferry, Robbe-Grillet et le lecteur quelconque aiment Roussel pour les mêmes raisons, c'est-à-dire au fond parce que Roussel, comme Flaubert, n'a que de petites choses à dire et qu'il les dit bien, le plus parfaitement possible, en sa savante maladresse.... ...Or quelles sont les images qui occupent, et point par hasard, l'esprit de Roussel ? L'exotisme... Les machines du concours Lépine et la vogue de Jules Verne... La nostalgie de l'empire et le post-romantisme pleurard à la Rostand... La découverte de l'argot (Jehan Rictus ; Nouvelles Impressions), et du misérabilisme (Richepin)...

En 1914, la politique le tente. C'est à Vervins qu'il se laisse tenter par la politique. Il est candidat aux législatives, comme républicain de gauche, et opposé à Ceccaldi, le radical socialiste. Le poète fut battu n'ayant recueilli que 5 383 voix, contre 7 718 à M. Ceccaldi. "Mais il avait connu, sur d'autres scènes, assez de succès pour se consoler de cet échec, d'ailleurs fort honorable, si l'on considère qu'il s'agissait d'un début".

Ainsi décrivait-il la Thiérache, ou plutôt le village de Ohis, où il a situé l'action de Miarka, la fille à l'ourse" :

"Le village semblait dormir, désert et morne, sous le poids de cette après-midi d'août, sous cette flamboyante chaleur qui avait éparpillé tout le monde aux champs. C'est qu'il faut profiter vite des belles journées, au pays de Thiérache, humide région de bois, de sources et de marécages, voisine de la Belgique et peu gâtée par le soleil. Un coup de vent soufflant du nord, une tournasse de pluie arrivant des Ardennes, et le buriots de blé ont bientôt fait de verser, la paille en l'air et le grain pourri dans la glaèbe. Aussi, quand le ciel bleu permet de rentrer la moisson bien sèche, tout le monde quitte la ferme et s'égaille à la besogne. Les vieux, les jeunes, jusqu'aux infirmes et aux bancroches, tout le monde s'y met et personne n'est de trop..." Jean Richepin, extrait de "Miarka, la fille à l'ourse"

Le Village d'Ohis, au bord de l'Oise
Dans "Le cadet" , autre roman qui se déroule en Thiérache, et qu'il a situé dans sa jeunesse :
" ... De tous les monticules, au flanc de toutes les ravines, fluaient des ources. Dans tous les bas-fonds, barrés par de lents éboulis, s'étalaient des étangs. Non pas des mares stagnantes, mais des sortes de petits lacs incessamment renouvelés. Nappes sans profondeur pour la plupart, si bien qu'on y pouvait marcher, mouillé jusqu'à la cheville seulement, dans de véritables jungles d'osier. A toutes ces eaux doucement courantes, la contrée puisait une délicate fraîcheur, et à leurs murmures prenait une voix. Humide, non marécageuse, elle sentait bon le ruisseau ; et, dans le bourdonnement confus de la campagne, on distinguait nettement la chanson claire et susurrante qui gazouillait partout à fleur de terre." Jean Richepin, extrait de "Le cadet"

Sa mort.

" M. RICHEPIN est mort hier matin. Il aurait eu 78 ans le 9 février prochain. Avec l'auteur de la "Chanson des gueux" disparaît l'une des dernières figures pittoresques des lettres. Ce "révolté" finit académicien et commandeur de la légion d'honneur."

" M. Jean Richepin est mort, hier matin, à 6 heures, dans son hôtel particulier de la Villa Guibert, à Passy. Il y a huit jours, il avait pris froid dans un théâtre, pendant que l'on prenait sa photographie pour le mettre en tête du film tiré du "Chemineau". Une bronchite se déclara, puis une congestion. Le mal fit des progrès rapides et quatre jours plus tard, le poète entra dans le comas. Son père, médecin militaire, tenait garnison ; mais sa famille était originaire de la Thiérache, dont la capitale Hirson, connut au dix-septième siècle un Richepin ménétrier... Et "Longtemps, longtemps, après que les poètes ont disparu..." Leurs chansons courent encore dans les rues..."

L'Excelsior, 13 décembre 1926.

Georges Brassens a peu chanté les paroles écrites par d'autres, mais il a chanté Lamartine, Antoine Pol, Paul Fort, Corneille et Tristan Bernard, Théodore de Banville, Victor Hugo, Verlaine, Louis Aragon, François Villon, avec peut-être une préférence à Paul Fort, dont il a mis cinq ou six poèmes en musique, et aussi Jean Richepin, dont il met en musique "Les oiseaux de passage", même si le texte du poème dans l'édition de "La chanson des gueux" de 1881 ne correspond pas exactement à celui de la chanson (la chanson ne reprend pas l'intégralité du texte publié), et "Philistins". Aujourd'hui encore, Philistins est chanté par RENAUD.

Lorsque paraît le coffret réunissant les onze premiers albums de Georges Brassens, le critique René FALLET écrit :

" Connaissez-vous Jean Richepin ? Non. Pas tellement. Pas beaucoup. Nous non plus. Il avait une barbe et était de l'Académie Française, ce qui n'inspire pas, surtout l'Académie, confiance en un poète. Brassens a pourtant trouvé dans l'oeuvre de l'apparent conformiste un beau cri de guerre au "bourgeois", ces bourgeois que l'on traitait de "Philistins", avant que Jacques Brel n'en fasse des cochons. Cette piécette sur les fantaisies de l'hérédité, sur ces malheureux épiciers et notaires procréant à leur grand dam "Des enfants non voulus - qui deviennent chevelus - Poètes", Brassens l'a aimée, l'a chantée avec pas mal de malice. Qu'il soit ici remercié pour l'avoir déterrée. Elle est toujours d'actualité. Ensuite, dans la présentation du dixième album de Brassens, qui comprend "La chanson des gueux", du même critique : "Depuis quinze ou vingt ans, les compagnons de Brassens connaissaient "Les oiseaux de passage" et la "Pensée des morts" qu'il avait mis en musique et leur chantait les soirs où cela lui chantait. Ils les avaient pieusement "piquées" pour la plupart au magnétophone. C'est une grande joie pour eux - et pour vous donc - de les retrouver sur ce disque. Quoi de plus "Brassens" que ces anarchistes d'"Oiseaux de passage", ces assoiffés d'azur, ces poètes, ces fous qui, du plus haut du ciel, déféquent sur la volaille terre-à-terre ? Puisse le chasseur qui entendra cet immense bruit d'ailes y regarder à deux fois avant de tirer sur le canard sauvage ! Puisse-t-il être troublé de "voir passer les gueux" !

 

JMG

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